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Pensée du jour sur le vieillissement : sexualité en gérontologie.

Dernière mise à jour : 6 janv. 2022

La question de la sexualité en gérontologie est un sujet qui ne laisse en effet pas indifférent. Alors qu’il y a quelques années la sexualité était rarement abordée et encore moins traitée de manière adaptée quand elle surgissait par l’intermédiaire de résidents âgées « surpris » la main dans le sac de leurs relations intimes,




Mr L. dort nu depuis toujours, et il a l’habitude, le matin, de vaquer à ses occupations dans le plus simple appareil. Sa femme est dépendante et désorientée : ils continuent à dormir dans le même lit, ce qui est un choix respectable qui n’a jamais été contesté par qui que ce soit. Depuis que sa femme est accompagnée pour le lever, la toilette et les actes quotidiens de la vie, il n’a pas changé ses habitudes : il accueille les soignant(e)s tel qu’il est, il reste souvent allongé sur son lit sans couverture ou draps pour protéger son intimité à regarder les professionnelles faire la toilette intime de son épouse. L’équipe plutôt jeune et ouverte d’esprit manifeste pourtant un malaise grandissant devant cet homme encore vigoureux, à la virilité parfois démonstrative. L’iderco en accord avec la direction décide de faire appel à un « expert » afin d’aider l’équipe à mieux faire face à la situation. Lorsqu’elles lui font part de leurs difficultés celui-ci répond par droit à l’intimité, préjugée de la part des professionnelles, voire puribonderie et ouverture d’esprit! Les professionnelles ne demandaient pas pourtant à interdire quoi que ce soit, elles exprimaient un malaise légitime, une gêne face à une situation où elles se sentent « prises à partie » face à une forme d’exhibition gênante. . Elles tentaient aussi avec leurs mots maladroits de poser un questionnement éthique quant à la vulnérabilité de Mme L, un sentiment de voyeurisme et une sexualité non consentie plus ou moins supposée. Qu’elles soient dans le fantasme, dans la projection de leurs propres peurs ou un questionnement professionnel légitime, leurs questions méritaient plus que des réponses toutes faites !


La question de la sexualité en gérontologie

À en croire les avocats autoproclamés « de la personne âgée » le problème serait en grande partie affaire de tabou à abattre.

La question de la sexualité en gérontologie est un sujet qui ne laisse en effet pas indifférent. Alors qu’il y a quelques années la sexualité était rarement abordée et encore moins traitée de manière adaptée quand elle surgissait par l’intermédiaire de résidents âgées « surpris » la main dans le sac de leurs relations intimes, la tendance actuelle pourrait apparaître comme toute autre : le sujet est régulièrement évoqué dans les revues spécialisées, les colloques ou les formations ; on nous explique que la sexualité est un droit et que pendant trop longtemps le sujet était tabou, que les personnes en institution ont été privées de ce droit et qu’heureusement les choses changent.

Ainsi, à en croire les avocats autoproclamés « de la personne âgée » le problème serait en grande partie affaire de tabou à abattre (parler sexe est tabou)de professionnels ou de familles abusives qu’il faudrait éduquer, de vilains stéréotypes à abattre (le sujet vieillissant perçus à tort comme asexué), et de droit fondamentaux à respecter de toute urgence. Sans doute autant motivés par leurs bonnes intentions que par une peur de vieillir refoulée qui les confronteraient aussi aux paradoxes de leurs propres sexualité (mais là est une autre question) ces prescripteurs de bonnes pratiques nous expliquent qu’il faut sortir du non-dit, permettre à ce besoin naturel de s’exprimer, de respecter l’intimité des résidents, bref de favoriser l’accès aux droits fondamentaux.


Nous ne contestons pas qu’il reste surement du chemin à faire


Pourtant à y regarder de plus près il semble que les choses n’ont pas vraiment changées puisque d’une certaine manière, le sujet est toujours abordé de manière binaire (permettre au lieu d’interdire) ; nous pourrions même nous interroger sur l’efficacité des approches actuelles, à savoir si elles permettent aux professionnels de mieux accompagner les personnes et de mieux traiter de la question quand celle-ci semble se poser.

Nous ne contestons pas qu’il reste surement du chemin à faire pour respecter le droit à l’intimité et la liberté. Nous ne contestons pas que la sexualité dans son expression génitale entre 2 personnes soit encore gérée de manière inadaptée, que trop souvent les professionnels et /ou les familles, démunis, ont tendance à réagir sur un mode binaire (permis/interdit) peu adapté en s’immisçant de manière abusives dans une intimité qui ne les regarderait pas.


Nous nous interrogeons sur la pertinence des réponses proposées

Les mauvais esprits pourraient même penser que ces prescripteur de bonnes pratiques n’ont pas du mettre les pieds dans une institution depuis fort longtemps.

Nous pensons par contre que les choses sont un peu plus complexes qu’une question de bonnes pratiques à appliquer. Nous nous interrogeons sur la pertinence des réponses proposées qui prolongent ce mouvement binaire en prônant le permis à la place de l’interdit, le droit à la place de la sanction : lorsqu’elle est abordée, la sexualité étant bien souvent envisagée à partir d’un prisme déformé que celle de notre subjectivité, de nos projections, de notre morale, de notre histoire.

Nous nous interrogeons sur la pertinence de réponses simplistes (briser le tabou, respecter les droits) qui paraissent sous tendues par une vision caricaturale voire rétrograde des institutions perçues comme une prison. Les mauvais esprits pourraient même penser que ces prescripteur de bonnes pratiques n’ont pas du mettre les pieds dans une institution depuis fort longtemps, et que c’est peut être avec leur propre sexualité qu’ils ont un problème !


Les professionnels s’interrogent face à ce genre de situations


Face à ce genre de situations qui malgré leur augmentation restent relativement rares, les professionnels n’ont pas attendus les leçons de morales et les remèdes simplistes « d’experts » cachés derrière leurs bureaux et leur certitudes généreuses pour réfléchir. Les professionnels s’interrogent face à ce genre de situations qui peuvent générer une forme de malaise. Malaise légitime par ce que si le corps est sexué, cette dimension est souvent mise de côté afin de rendre le soin efficace, par ce que l’émergence de la sexualité peut malmener les mécanismes de défenses nécessaire que les professionnels peuvent mettre en place afin d’éviter une trop grande identification à la personne. Malaise légitime dans la mesure où l’émergence de la sexualité vient convoquer dans la sphère professionnelle, des dimensions particulièrement intimes de chacun. Malaise légitime enfin, car imaginer la vie intime et la sexualité de nos aînés, à quelque chose de difficilement pensable qui sur le plan symbolique s’apparente à essayer de penser la sexualité de nos parents.


Si les personnes accompagnées doivent bien évidement rester libres de faire ce qu’elles veulent comme elles veulent, il est nécessaire de considérer aussi le la réalité institutionnelle qui complexifie les choses, que le professionnel est aussi un être humain avec ses peurs, ses désirs et ses propres ambivalences.

L’institution est un lieu collectif, qui accompagne des personnes fragiles : elle à le devoir de respecter les droits des personnes, mais aussi de protéger et d’accompagner les professionnels , face à l’irruption dans un cadre de travail, de situations et de sentiments qui relèvent de l’intime et peuvent profondément déstabiliser.

Face à cet impensé ou parfois mal pensé et peut être aussi difficilement pensable, le professionnel peut être amené à se protéger en transformant l’autre en objet de soin, en le désexualisant, en niant la dimension intime du soin et de la symbolique sexuelle qui peut l’accompagner.


Ainsi il nous apparait que le problème n’est pas tant de dépasser le tabou par des injonctions, mais d’aider les professionnels à ne pas s’enfermer dans un mécanisme d’objectivation de l’autre, en leur permettant de penser la complexité de la réalité afin d’y faire face au cas par cas, de manière dépassionnée et professionnelle.


Sans doute est-il nécessaire d’aborder la question de manière plus globale :


  • Qu'en est-il de la sexualité quand on est vieux et dépendant ?

  • Comment prendre en compte la dimension sexuée des soins auprès d’une personne que l’accompagne ?

  • Quid de la pudeur ou de l’a-pudeur apprise ?

  • Comment concilier droit à l’intimité, collectivité et protection des personnes vulnérables ?

  • Comment aborder la question des troubles du comportement sexuel ? Comment définir la frontière entre le normal et le problématique ? Comment gérer les situations de débordement tout en assurant respect de la personne et la protection des autres résidents, des professionnels et des familles ?


Nous essaieront dans les semaines à venir de contribuer à cette réflexion…

 
 
 

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